Drapeau de sang,
Lune en croissant,
Fleurs au vent,
Une main sans gant.
Souffle court,
Drap de velours,
Sous les roulements de tambours
Jusqu'au Bosphore sans détour.
le temps, l'instant précieux
Drapeau de sang,
Pologne, Bydgoszcz. Un bloc, trois chaises, trois corps, trois regards. Multiple de trois. L'attente, l'attente, l'attente. Multiple de trois. Mains dans les poches, bras croisés, entre les cuisses pour un brin de chaleur. Multiple de trois. Sans faux col, cou à nu, écharpe épaisse. Multiple de trois. Esprit à vif, inquiétude, regard clos. Multiple de trois.
Pologne, Bydgoszcz. Le bal de Linet. Aérienne, presque souveraine. Dans mes bras pour une simple pirouette. Sur un parquet sans boue, pour éviter les fautes de goût. Sans voile ni jupette, pour virevoleter comme suffragette. Dans l'ombre de Chebet.
Pologne, Bydgoszcz. Le gros lot comme drapeau, fine étrave, mais sans un mot, loin du troupeau. Ebuya comme dans l'au delà. Sans pointes et sans reproches. Si loin, si proche. Venant à nous avec tant de réserve. Pour finalement blaguer avec verve.
Ethiopie 2010. Vaste prairie d'un vert amande. Sans même attendre les offrandes. Une femme noyée dans son gabi, un petit poucet guère plus haut qu'un grain de riz. Des femmes s'étirent, à l'instinct, au besoin. Entotto, au petit matin, si tôt, sans dire un mot.
Pékin, J.O. 2008. Le feu sacré ? Le feu caché ? Haute tour. Juste un tour. Haute flamme pour une grande dame. Une brève histoire qui se consume. Un espoir pour sortir de la brume. Seule toujours seule.
Pékin, août 2008. 3 initiales, MMB pour un nom. Pour un drapeau après le grand saut. MMB sans liaison, sans trait d'union. Tout attaché après cette course déliée. Dans l'air chaud de Pékin, trois couleurs dans les gradins. De la fosse au podium, direct comme une bombe à l'uranium.
Pekin, J.O. 2008. La tête posée sur le comptoir, la tête coupée sur le billot. Des larmes de désespoir, des larmes d'un soir. La tête de Su Haiping mise à prix, la talon de Liu en charpis. Pris au piège d'une muraille, des J.O. gris comme la limaille.
Doha, Qatar 2010. Epaule contre épaule. Face contre terre. Blanc comme noir, sans aucun miroir. Sans reflet, sans effet. Pour basculer sans reculer. Le pentathlon comme un marathon. Un 800 pour une ultime interrogation.
Berlin, Mondial 2009.
A épaules nues, émotions à vif, sans l'aide d'un canife. De l'abandon en fin de marathon. Sous un drapeau pour un trio. Dans l'isoloir de la douleur, chacun a eu son heure.
Doha, Qatar 2010. 18, le numéro d'urgence. Le numéro d'envol. Sans arrogance. Sans antivol. Teddy dans le sable alors qu'on le croyait passable. Teddy sur un nuage pour une traversée à la nage. Sans récif. Juste jouissif. 18 le bon numéro pour Tamgho.
Pékin, J.O. 2008. Dans le sens du vent soufflé. Sans guide, sans étoile, sans cadre, sans parti. Place de la liberté parée d'un fil bleu. A suivre le long d'une cité pour des voix, des corps emmurés.
Berlin, Mondial 2009. Sans masque et sans reproche. Une mascotte aussi proche. Bekele de rire, l'ours gros comme un navire. Pour tanguer ensemble, main dans la main à la barre du destin.
Shashemene, Tanzanie. Regard vide, regard plein. Penché sur le vide, épris de rien. Regard soupçonneux, regard fiévreux. Souffle retenu, souffle court. "Tu peux me dire ?". "Je n'ai rien à dire".
Berlin, Mondial 2009. J'aurai aimé m'assoir aux côtés de Bob. Sans rien dire. Discrètement, pour ne rien lui voler. Assis sur cette pierre froide, à ressentir la vapeur chaude d'un monde bouillant. En orbite au dessus de cet anneau céleste. Les deux coudes sur les genoux pour retenir le temps.
Albi, un soir d'été, un soleil déclinant et rasant. Chassant les ombres plates comme des limandes. Un boulet dans la main, le pied dans un cercle. Dans le dos le terrain.
Eldoret, Kenya. Camp Keino, le mage, le sage. De vous à moi, de moi à vous. Bras croisés, sages comme ce voile rouge flottant dans l'air doux de la savane. Un brin de soupçon de lui à moi.
Berlin, Mondial 2009. Le bal du 800 mètres. Kaki dans le mur, chorégraphie de la chute. Arabesques de l'impossible. A terre, au sol, dans une marre de désespoir.